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Régulièrement, l’équipe éditoriale de Normandie 360 s’empare d’un sujet clé du moment pour l’analyser et le décrypter. Efficace, claire et instructive... cette dose supplémentaire d’intelligence territoriale est accessible à tous.

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Élections régionales et départementales : les élus locaux au défi de la politique

67% d’abstention : c’est le chiffre choc des dernières élections. Plus de deux tiers des Normands ne sont pas allés voter… mais comment interpréter une telle donnée ? Comme une marque de défiance grandissante à l’égard des élus, ou bien comme une forme de désinvestissement vis-à-vis des grands enjeux politiques, ce qui dénoterait plutôt… une certaine confiance dans le statu quo ? Le fait est que la colère et la volonté de changement n’ont pas fait recette : le Rassemblement national, notamment, marque le pas. Une prime à la politique gestionnaire, donc ?

Continuité à la région

Sans surprise, avec 42,26% des suffrages au second tour, Hervé Morin rempile pour un second mandat – le dernier, selon ses dires. L’élu interprète assez simplement ce score : « C’est un résultat qui dit "Vous avez fait le boulot, on vous laisse continuer à le faire" ». Une manière de voir jusque dans l’abstention un soutien par défaut ?

Le fait est que les listes alternatives n’ont pas mobilisé, en particulier celle du Rassemblement national, dont le score décroche même par rapport aux précédentes élections régionales (avec 19,52% des voix, contre 27,5% en 2015). Quant au candidat soutenu par la majorité présidentielle, Laurent Bonnaterre, il pointe à la quatrième place (10,04%) – loin, très loin des velléités de transformation politique portées par le mouvement macroniste. De fait, c’est la principale surprise de l’élection : le score notable de l’alliance PS/EELV (plus de 26% au second tour), alors même que sa tête de liste, Mélanie Boulanger, pâtissait au départ d’un sérieux déficit de notoriété, et qu’aucun accord d’union n’a été trouvé pour le second tour avec le candidat PC-La France insoumise, Sébastien Jumel (9,64% des voix au premier tour).

L’équilibre politique gauche/droite traditionnel revient donc en grâce, et la nouvelle mandature s’annonce sous les auspices de la continuité. Priorité affichée de la majorité : le soutien aux entreprises et au développement économique.

… et statu quo dans les départements

À la tête des cinq départements normands également prévaut la continuité. Trois présidents sortants sont réélus : Jean-Léonce Dupont (LR) dans le Calvados, Bertrand Bellanger (LREM) en Seine-Maritime, et Christophe de Balorre (LR) dans l’Orne. Dans la Manche, Jean Morin (divers droite), vice-président aux finances dans la précédente mandature, succède à Marc Lefèvre qui ne souhaitait pas se représenter. Dans l’Eure, enfin, l’actuel ministre chargé des Outre-Mer, Sébastien Lecornu (LREM), reprend le fauteuil qu’il avait laissé à Pascal Lehongre lorsqu’il avait intégré le gouvernement en 2017.

Dans ce département de l’Eure comme dans celui de Seine-Maritime, il est donc impossible de voir dans le succès des étiquettes LREM un message de renouvellement : sont au contraire confortées des figures de la politique locale. De même, alors qu’il se crédite comme le parti des territoires ruraux, le Rassemblement national fait chou blanc dans l’ensemble des cantons normands !

Une prime à la technocratie ?

Les enjeux politiques nationaux n’ont donc pas mobilisé les électeurs. On dira que ce n’était précisément pas l’objet de ces scrutins, portant sur des compétences tout à fait précises : les transports, les lycées et collèges, les équipements, l’action sociale, etc. Autant de sujets sur lesquels les colorations idéologiques portent moins… Dans ce contexte, ces résultats électoraux en forme de « prime aux sortants » évoquent une foncière dépolitisation des enjeux départementaux et régionaux, et un soutien non équivoque à une gestion pragmatique et efficiente des affaires locales. C’est sans doute là le principal défi posé aux nouveaux élus : être de bons gestionnaires… sans devenir de simples technocrates.

Résultats détaillés, nouvelles compositions des assemblées, élus qui comptent, programmes et priorités, etc. : retrouvez nos dossiers complets sur les différents scrutins dans le Pack Publique de Normandie 360° :

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Plein gaz pour la méthanisation normande

Alors que début 2017, on comptabilisait 42 unités de méthanisation dans la région, on en dénombre plus de 130 au printemps 2021. Les cuves des digesteurs sont en passe de devenir de nouvelles icônes de la campagne normande… et des énergies de demain.

La méthanisation, c’est quoi ?

La méthanisation est une nouvelle forme de production de biogaz (ou « gaz vert ») par dégradation bactérienne de déchets organiques (effluents agricoles, boues de stations d’épuration, restes alimentaires, déchets verts…). Elle est réalisée au sein de digesteurs hermétiques (sans oxygène).

Composé de méthane (à plus de 50%) et de CO2, le biogaz est brûlé sur le site même de la méthanisation pour produire de l’électricité (avec raccordement au réseau Enedis) et parfois de la chaleur, ou bien purifié et directement injecté dans le réseau de distribution de gaz naturel. En outre, les résidus organiques (le digestat) sont valorisés sous forme d’engrais.

À ce jour en France, le biogaz est généré à 90% à partir de matières agricoles, et 80% des producteurs de biométhane sont des agriculteurs, qui trouvent là une source de revenus complémentaire. En Normandie, la Manche, le Calvados et l’Orne concentrent la majorité des unités de type agricole, tandis que l’Eure et la Seine-Maritime se caractérisent par une plus grande part d’installations agro-industrielles (liées à la papeterie, notamment).

Des perspectives prometteuses

Si en 2020, la méthanisation n’a contribué qu’à hauteur de 2,5% à la production d’électricité d’origine renouvelable en France, c’est pourtant l’une des sources d’énergie qui enregistrent aujourd’hui les plus fortes croissances (+10,8% entre 2019 et 2020), juste derrière l’éolien (+11,6%) et le solaire (+11,1%).

Parmi les régions françaises, la Bretagne et le Grand Est constituent les leaders du domaine (avec plus de 160 unités en fonctionnement fin 2020), mais la Normandie arrive en 3e position, au coude-à-coude avec les Hauts-de-France. Lancé en 2018, le Plan Méthanisation Normandie, porté par le conseil régional et l’Ademe, et doté de plusieurs millions d’euros, commence à porter ses fruits.

Alors que l’État vise 100% de biogaz d’ici 2050, en remplacement du gaz naturel (qui représente aujourd’hui 20% de l’énergie consommée en France), et sachant qu’une unité de méthanisation implique un investissement de 4 à 10 millions d’€, on imagine le poids économique potentiel du secteur !

> Pour en savoir plus, retrouvez dans Normandie 360° notre dossier complet sur la méthanisation (chiffres clés, perspectives, plan de soutien régional…).

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Les Parisiens débarquent ? Une chance à saisir pour la Normandie !

La crise sanitaire n’est pas encore terminée que ses répercussions à long terme s’esquissent : la presse bruisse d’un exode démographique de l’Île-de-France vers les autres régions françaises, Normandie en tête ! Feu de paille ou retournement historique, cette tendance riche d’opportunités mérite d’être mesurée de toute urgence, pour être mieux accompagnée…

La Normandie, région la plus attractive de France ?

Les données consolidées manquent, mais les indices s’accumulent : les Français ont des envies de changement de vie… et les Franciliens des envies de Normandie ! L’attestent les chiffres révélés par le site SeLoger.com : par rapport à 2019, les habitants de l’Île-de-France ont, en 2020, effectué 61% de recherches immobilières (avec demande de mise en relation) supplémentaires sur la région, devant le Centre-Val-de-Loire (+51% sur 1 an) et la Bourgogne-Franche-Comté (+44%). La Normandie est la plus demandée parmi les régions françaises ! Dans le même temps, le nombre de recherches immobilières faites par des Normands vers la région parisienne a baissé de 24%. Moins de partants et plus d’arrivants : l’équation démographique est sans appel.

L’orientation des prix de l’immobilier semble le confirmer : sur une année, ils auraient augmenté, selon les professionnels, de 10 à 30% dans les zones les plus dynamiques, notamment la Côte d’Albâtre, la Côte Fleurie, la Côte de Nacre et la côte granvillaise. À Caen tout spécialement, encore classée récemment par le JDD au 6e rang du Top 500 des villes de France où il fait bon vivre, le marché s’est emballé, en particulier pour les maisons de ville que s’arrachent, aux dires des agents immobiliers, « les Parisiens » !

Une manne inespérée de consommateurs et de talents

Si cette flambée des prix représente une mauvaise nouvelle pour les acquéreurs locaux, c’est sans conteste une bonne nouvelle pour le territoire. Après des années de baisse démographique (> voir notre état des lieux de la population régionale), ces nouveaux arrivants semblent avoir le profil idéal : souvent de jeunes couples avec enfants, au fort pouvoir d’achat et aux compétences professionnelles recherchées.

De quoi booster l’économie locale (commerces, services, offres de loisirs, etc.)… mais aussi le dynamisme des entreprises : télétravail ou pas, ces arrivants, avides de nouvelles valeurs et souvent d’entreprenariat, voudront peut-être couper le lien avec Paris. Les acteurs économiques normands ont une carte à jouer en captant ces talents, évidents vecteurs de croissance locale.

Une révolution à accompagner

Sans conteste, un changement est dans l’air, mais… il reste à quantifier. Quelle est la réelle ampleur de ces déménagements aujourd’hui en ordre dispersé ? Quelle proportion de ces candidats à une nouvelle vie parvient-elle à transformer l’essai ? La région en laisse-t-elle échapper ? Comment bien les accueillir ? Les entreprises franciliennes elles-mêmes pourraient-elles suivre ce chemin ? Comment les y inciter ?

La presse nationale se fait l’écho d’une « revanche des villes moyennes et des zones rurales ». La Normandie semble bien placée pour être le fer de lance de ce rééquilibrage des territoires : tous ses acteurs publics et économiques doivent se mobiliser pour faire fructifier ces envies de « vie d’après » !

> Pour en savoir plus, retrouvez dans Normandie 360° notre dossier complet sur la crise du Covid-19 (impacts, perspectives, relance, etc.)

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Éolien en mer : la Normandie a le vent en poupe !

C’est parti, les travaux du futur parc éolien offshore de Courseulles-sur-Mer (14) ont été officiellement lancés par EDF Renouvelables le 22 février dernier. La première pierre d’un nouvel arsenal énergétique normand aux retombées infiniment prometteuses…

Une révolution énergétique

On le sait, les objectifs environnementaux de la France sont ambitieux : il s’agit de porter la part des énergies renouvelables à 40% de la production d’électricité d’ici 2030, et celle du nucléaire à 50% en 2035 (contre 70 % aujourd’hui). Pour mener à bien cette révolution énergétique, un vecteur principal a été identifié : l’éolien en mer, dont la France jouit du deuxième gisement potentiel en Europe après la Grande-Bretagne !

Malgré les réticences de certains acteurs environnementaux et du monde de la pêche professionnelle qui pointent l’impact négatif de l’éolien offshore sur le milieu marin, ses atouts ne sont plus à démontrer vis-à-vis des autres sources d’énergie renouvelable. Jouissant en mer de vents plus puissants et réguliers, les éoliennes y tournent en moyenne deux fois plus que sur le continent. En outre, avec des contraintes paysagères bien plus limitées, elles peuvent y être déployées en champs immenses et même atteindre un gigantisme inégalé. Ainsi le record mondial de l’éolienne Haliade-X, actuellement développée par General Electric à Cherbourg (via sa filiale LM Wind Power), qui atteint 260m de hauteur et près de 200m d’envergure !

À titre de comparaison, aujourd’hui, 100 éoliennes en mer peuvent produire en moyenne la même quantité d’électricité que 600 éoliennes terrestres ou encore 3200 hectares de parcs photovoltaïques…

La Normandie, turbine de la France

Dans ce contexte, la Normandie possède un atout de poids : la Manche s’y révèle en effet particulièrement propice à l’installation de parcs éoliens offshore, avec des vents plus forts qu’ailleurs sur le littoral français, et un plancher marin peu profond même à distance des côtes, permettant des implantations à pas moins de 10km et jusqu’à 20km au large.

Ainsi, sur les huit parcs qui sont aujourd’hui sur les rails en France, la moitié sont normands : d’une part, Saint-Nazaire, Noirmoutier-Yeu, Saint-Brieuc et Dunkerque ; d’autre part, Courseulles-sur-Mer (14), Fécamp (76), Dieppe-Le Tréport (76) et sans doute Barfleur (50) pour le dernier, dont l’implantation reste toutefois à être précisée, puisque le débat public sur son implantation s’est tout juste conclu fin 2020. Mais d’ores et déjà, une « macro-zone » de 600km2, s’étendant entre Cherbourg et Le Tréport, a été identifiée par le gouvernement pour l’implantation de plusieurs parcs supplémentaires dont les appels d’offres pourraient être lancés d’ici 2028 !

Au total, les quatre premiers parcs normands, qui doivent entrer en service avant 2028, représenteront une capacité de 2,5 gigawatts annuels, soit autant que la centrale nucléaire de Flamanville (en attendant le lancement de l’EPR prévu pour 2023). Ce qui représente aussi 60% de la consommation électrique normande, sachant que la région exporte déjà la moitié de sa production électrique annuelle…

Retombées économiques

Les perspectives offertes par l’éolien en mer ne sont pas moins prometteuses en matière d’emploi : alors que la Normandie est déjà la première région énergétique française en nombre de salariés (26000 en 2020), le seul chantier du parc de Fécamp doit mobilier 600 personnes pendant trois ans ! Et pour son usine d’éoliennes en cours de construction sur le port du Havre, Siemens (principal acteur du secteur avec General Electric à Cherbourg) prévoit la création de 700 emplois…

Au total, les quatre premiers parcs éoliens normands représenteront un investissement de 8 à 9 milliards d’€, et quelque 18 milliards d’€ pourraient être investis en globalité d’ici 2045 ! Une manne qui profitera, de sous-traitants en PME, à tout le tissu économique régional. Sans oublier d’importantes retombées fiscales (environ 16 millions d’€ annuels pour un parc de 1 gigawatt).

Une chose est sûre, pour l’énergie normande, les perspectives sont plus qu’au vert !

> Pour en savoir plus, retrouvez notre dossier complet et détaillé sur l’éolien en mer en Normandie (caractéristiques des parcs, grands acteurs, perspectives, etc.) dans notre Pack Action stratégique.

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Budgets 2021 : l’investissement public normand résiste à la crise

Même si les finances publiques accusent une dégradation générale, la crise du Covid-19 n’a pas eu raison de l’ambition des élus normands !

Des recettes en baisse du fait des contraintes sanitaires, et des dépenses en hausse pour faire face à la crise : l’équation budgétaire est inextricable pour toutes les collectivités de la région. Cependant, les efforts qu’elles veulent consentir en matière d’investissements dans leurs budgets 2021, qui viennent d’être votés, restent notables. Ainsi, les dix principaux investisseurs publics normands (région, départements, Rouen Métropole, Le Havre Seine Métropole, Caen la Mer et la Communauté d’agglomération du Cotentin) représentent à eux seuls une enveloppe de 1,9 milliard d’€ de subsides pour 2021, contre 2,1 milliards d’€ en 2020 (source : La Chronique de Normandie n°668 et n°610).

Un véritable statu quo si l’on juge que la baisse d’investissements la plus conséquente est portée par le conseil régional (626 millions d’€ en 2021, contre 874 millions d’€ en 2020), laquelle s’explique par une année passée exceptionnelle, marquée par l’acquisition des rames de train Omneo. De fait, le volume des investissements de la collectivité pour 2021 reste largement supérieur à la moyenne de la mandature (597 millions d’€), et joue toujours un rôle de locomotive pour le territoire.

À l’échelon local, les efforts d’investissements n’accusent pas plus le coup, au contraire. Le cas de la métropole de Rouen – deuxième investisseur de Normandie – est le plus emblématique, qui voit son budget d’investissements augmenter de 13% (à 272,5 millions d’€), ou encore celui du Havre Seine Métropole (+5,5% à 151 millions d’€).

Les dernières élections municipales, et le lancement de leurs programmes par les équipes élues, expliquent cette situation. Mais aussi, plus largement, une ambition générale des collectivités, qui veulent jouer un rôle d’amortisseur contre la crise et… miser sur une reprise rapide de l’activité, pour éviter un effondrement économique général. Si l’on considère également les 100 milliards d’€ du plan de relance national, une chose est sûre : les acteurs politiques n’ont pas d’autre choix que de parier sur l’avenir… et nous avec !

> Retrouvez tout le détail des budgets 2021 et les principaux projets d’investissements des différentes collectivités normandes dans notre Pack Action Publique (régiondépartementsintercommunalités).

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Grands retournements sur le contournement de Rouen

Après plusieurs mois de suspense, le vote a eu lieu le 8 février : la Métropole de Rouen a retiré son soutien financier au projet de liaison A28-A13 (connu comme le « Contournement Est de Rouen »), défendu pour décongestionner la ville. Raison principale : la défense de l’environnement… Mais une révolution plus profonde ne serait-elle pas à l’œuvre, en matière de conception de l’action publique, d’aménagement du territoire et de développement économique ?

424 millions d’€ à la trappe

Le scrutin est sans appel : conformément aux engagements pris lors des dernières municipales, les élus de la Métropole ont voté à 64,4% pour le désengagement financier de la collectivité, alors que l’ancienne majorité avait promis en 2017 une enveloppe de 66 millions d’€.

Un tel retournement est inédit : la collectivité se prive ainsi d’un projet pour son territoire au profit duquel l’État, la région et le département avaient d’ores et déjà budgeté 424 millions d’€ ! Un projet de surcroît déclaré d’utilité publique en 2017, inscrit dans le SRADDET (schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires), le PLUi métropolitain, et même, au niveau national, dans la LOM (loi d’orientation des mobilités) de décembre 2019. Le maire de Rouen lui-même, Nicolas Mayer-Rossignol (PS), défendait initialement le projet… avant de lui porter aujourd’hui ce coup qui bouscule tous les schémas établis.

Le développement économique coûte que coûte

Pour les promoteurs de l’infrastructure, c’est le principal argument en sa faveur, repris par le préfet de région, Pierre-André Durand : « le contournement Est de Rouen est stratégique pour le développement de la Métropole » (04/12/20), par exemple pour accélérer la reconversion des friches de la zone Seine-Sud, et plus largement pour favoriser l’activité économique sur le territoire métropolitain et même départemental. Selon une étude de la CCI Rouen Métropole, 80% des entrepreneurs locaux se plaignent des conditions de circulation dans l’agglomération et 56% ont déjà réfléchi à la quitter pour cette raison. Le président de la CCI, Vincent Laudat, se veut ainsi le porte-parole des acteurs économiques : « Nous, les entreprises, fournissons un tiers des recettes de la Métropole, nous avons le droit de le réclamer, ce contournement » (05/02/21).

De même, le président du conseil départemental de la Seine-Maritime, Bertrand Bellanger, fait part de sa « colère » : « il est temps de défendre l’activité économique de notre territoire, d’attirer des entreprises créatrices de richesses et d’emplois. La désindustrialisation (…) n’est pas une fatalité » (09/02/21).

Quant au président de région, Hervé Morin, il prend fait et cause pour les automobilistes : « Tous les jours, on a des Rouennais, des Normands qui s’emmerdent avec des problèmes de bouchons ! (…) Tout ça tombe à l’eau alors que ça fait près de 50 ans que Rouen attend ça » (09/02/21).

À l’heure des alternatives environnementales

Le nouveau maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, assume son revirement : « En cinq ans, le monde a changé. Si ce contournement a pu être une bonne idée, il ne l’est plus aujourd’hui si on le regarde de façon raisonnée et rationnelle. C’est quand même un sujet à un milliard d’euros » (14/01/21).

Principal argument contre le projet : la lutte contre l’artificialisation des sols (516ha en l’état) et contre l’émission de gaz à effet de serre, dont l’artère pourrait entraîner une forte augmentation.

Mais l’argument financier est aussi important : Nicolas-Mayer Rossignol pointe un projet coûteux (à 23 millions d’€ le km, contre 10 à 15 millions d’€ pour un km de ligne TGV), dont l’utilité est sujet à débat (selon certaines études, la baisse de diminution de trafic dans le centre-ville pourrait être anecdotique), et dont le montage financier présente des risques (avec l’instauration d’un péage de 12€ pour les camions qui pourrait les dissuader d’utiliser le nouveau tronçon et entraîner un déficit que les collectivités auraient à combler).

Et la Métropole de proposer, face à ces incertitudes, des alternatives à moindre coût, telles que :

  • des aménagements de voirie pour juguler le trafic actuel (interdictions de circulation, voies réservées, itinéraires obligatoires, etc.),
  • la mise en place pour les poids lourds d’un péage au niveau du Pucheuil sur l’A28,
  • le perfectionnement de l’infrastructure autoroutière existante (en particulier des raccordements du pont Flaubert),
  • des reports sur d’autres formes de mobilité (fret ferroviaire, tram Yvetot-Elbeuf, ligne nouvelle Paris-Normandie…).

Autant de solutions empreintes de sobriété environnementale et financière, en écho à des aspirations sociales et des enjeux électoraux évidents… mais aussi à un changement culturel plus profond.

Monde d’avant contre monde d’après ?

Dernier rebondissement en date : la région et le département ont décidé de se substituer à la Métropole en apportant les 66 millions d’€ dont elle a privé le projet. La balle est donc aujourd’hui dans le camp de l’État, qui devra décider ou non d’agir contre l’avis de la Métropole. Le préfet de région, Pierre-André Durand, a pourtant prévenu : « L’État n’imposera pas une infrastructure qui n’est pas souhaitée » (26/01/21). Et la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, de le confirmer devant le Sénat le 17/02/21 : « Nous ne souhaitons pas avancer contre les collectivités locales, nous (…) sommes prêts à étudier toutes les propositions pour concilier ces 2 nécessités absolues, la mobilité des habitants de la métropole et la protection de l’environnement. »

Comment tranchera le gouvernement, lui dont les derniers arbitrages ont déjà entraîné l’abandon de réalisations aussi emblématiques que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, EuropaCity ou le terminal 4 de l’aéroport de Roissy ?

Sans conteste, les grands projets d’infrastructures ne sont plus aujourd’hui la panacée de l’action publique. Est-ce le début de la fin des grands gestes politiques, au profit d’actions ciblées et dont le retour sur investissement écologique et financier se veut mieux mesurable ? Gageons que le sujet sera central dans la prochaine campagne électorale des régionales… et que les acteurs économiques doivent se préparer à d’importants bouleversements en matière de développement territorial.

> pour en savoir plus, retrouvez notre dossier complet sur le projet de Contournement Est de Rouen dans Normandie 360 (packs Action Stratégique ou Action Économique)

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Plan France Relance : à vos projets !

Un"plan à 100 milliards d’€", c’est du jamais-vu ! Bien que l’épidémie de Covid-19 s’éternise et que la plupart des entreprises restent concentrées sur la gestion de crise et les aides d’urgence, l’État met déjà tout en place pour relancer la machine économique et… tenter de dépasser les impasses du « monde d’avant ».

Verdir, innover, relocaliser

Au travers de ces fonds inédits (abondés à 40% par l’Union européenne), le gouvernement promeut un triple objectif  :

  • verdir l’économie, avec l’ambition d’atteindre la neutralité carbone en 2050,
  • retisser la cohésion sociale et territoriale du pays, notamment au profit de la « France périphérique » qui ne cesse de décrocher,
  • accroître la compétitivité des entreprises, afin de restaurer « souveraineté économique » et « indépendance technologique ».

De quoi amplifier les politiques déjà initiées, notamment au travers du dispositif Territoires d’industrie, lancé en novembre 2018 pour accroître l’attractivité du tissu industriel français (> voir notre fiche complète sur le dispositif Territoires d’industrie dans notre pack Action publique) ou encore, depuis 2017, au travers des Programmes d’investissements d’avenir (PIA), visant à soutenir l’innovation et les technologies (> voir notre fiche complète sur les PIA dans notre pack Action publique).

Principale nouveauté du plan de relance : un appel explicite à la "relocalisation industrielle", vers laquelle 1 milliard d’€ est fléché. Dont 400 millions d’€ pour favoriser le développement de projets industriels dans les territoires, et 600 millions d’€ pour soutenir l’investissement, et ce dans 5 secteurs stratégiques :

  • santé,
  • intrants critiques pour l’industrie,
  • électronique,
  • agroalimentaire,
  • applications industrielles de la 5G.

Plus de 50 appels à projets en cours ou à venir

À cette fin, le gouvernement lance près d’une cinquantaine d’appels à projets stratégiques, susceptibles d’intéresser de nombreuses entreprises. Types de projets clés :

  • modernisation des filières industrielles,
  • décarbonation,
  • stratégie hydrogène,
  • transformation digitale.

Alors que la Normandie a moins bien tiré parti que d’autres régions des bénéfices des PIA, par exemple, ces appels à projets constituent une opportunité qu’il est impossible de ne pas saisir. Pour que la crise actuelle soit aussi une chance…

> Pour en savoir plus, consulter notre fiche complète sur le Plan France Relance dans Normandie 360°

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Brexit : 2021 ne sera pas 1203 !

Depuis la conquête de Guillaume en 1066, la Normandie a en réalité déjà connu plus d’un Brexit. Et si l’histoire nous aidait à relativiser… et garder la foi ?

Décembre 1203, Barfleur : Jean sans Terre, roi d’Angleterre, s’embarque précipitamment pour les îles britanniques alors que l’armée de Philippe-Auguste fond sur le duché de Normandie, lequel est rattaché au royaume de France dès l’été suivant. Une révolution : Anglais et Normands avaient destin lié depuis la conquête de Guillaume en 1066…

15 avril 1450, Formigny : les troupes du roi de France Charles VII défont les Anglais au travers d’une bataille épique (qui se joue, ironie de l’histoire, à proximité des futures plages du Débarquement…), décidant du cours final de la Guerre de Cent ans. À l’été 1450, après trois décennies d’administration commune, Angleterre et Normandie coupent de nouveau les ponts.

1er janvier 2021 : et de trois ! Avec l’entrée en vigueur du Brexit, une frontière pleine et entière est rétablie sur la Manche, alors que depuis 1973, le continent et les îles britanniques faisaient politique et marché communs…

Et de nouveau, avec le rétablissement des contrôles douaniers, les marchandises peinent à traverser le Channel… Malgré la mise en place d’une "frontière intelligente", le retour de la "paperasse" administrative (fût-elle numérique) complique les échanges. Mi-janvier 2021, la presse bruisse de ce chiffre : seul 50% du trafic habituel circulerait normalement ! Un défi pour les 158 000 poids lourds qui transitent chaque année par les ports normands…

Pour autant, si la rupture actuelle partage bien des enjeux avec les conflits du Moyen Âge (questions de souveraineté, de collecte des impôts, de contrôle du commerce, de normes juridiques…), cette fois, sur la forme, tout a changé. Le divorce a été entièrement négocié, certes âprement, mais fort heureusement sans recours à la force militaire (si ce n’est quelques navires de guerre lancés sur le Channel pour peser sur la question de la pêche début décembre…). Et c’est bel et bien un "accord de commerce et de coopération", de 1 491 pages !, qui a été conclu entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, fondant "une relation large entre les Parties, dans un espace de prospérité et de bon voisinage caractérisé par des relations étroites et pacifiques". Avec cet état de fait entériné : "l’imposition de droits de douane est interdite sur toutes les marchandises », dont « chaque Partie accorde la liberté de transit à travers son territoire".

Évidemment, des incertitudes pèsent sur l’avenir : quelle sera la viabilité à plus ou moins long terme d’une telle liberté de commerce sans structure politique commune, malgré la mise en place d’un "conseil de partenariat", lequel reste à inventer ? Pour autant, cet accord constitue un immense soulagement… et en matière de séparation, la Normandie en a déjà vu d’autres ! Plus que jamais, les Normands ne doivent pas cesser de regarder vers l’Angleterre.

> Pour en savoir plus, retrouvez notre dossier complet sur le Brexit dans Normandie 360° (Pack Action économique)